ESSAI par Rémy Brauneisen – Effacée par les fortes personnalités de ses deux frères, Marie Cléophée de Turckheim n’en demeure pas moins une figure de la vie mondaine et du monde des affaires à Strasbourg sous le Consulat et le Premier Empire. Avant cet essai, il n’existait d’elle qu’un éloge funèbre et un entrefilet dans une courte biographie de son mari.
Celle qui tenait salon à son domicile strasbourgeois du quai Saint-Nicolas recevait d’illustres personnages, des savants, des hommes de lettres, des artistes, et des militaires, beaucoup de militaires de haut rang des armées de la Révolution puis de Napoléon. Elle allait engendrer avec son mari le baron de Franck, banquier de profession, une étonnante et prestigieuse descendance.

LA JEUNESSE INSOUCIANTE DE MARIE CLÉOPHÉE DE TURCKHEIM
Marie Cléophée nait le 25 juin 1755 au domicile de ses parents Jean de Turckheim et son épouse en troisièmes noces Marie Madeleine Hennenberg. La famille Turckheim a emménagé un an auparavant dans le magnifique hôtel particulier de style baroque construit pour elle sur la place Broglie, à un jet de pierre de l’hôtel de Darmstadt[1], et juste à côté de l’hôtel de Rathsamhausen. La petite fille est la benjamine d’une fratrie de cinq. Quand madame de Turckheim veut prendre l’air avec ses enfants, elle n’a que la rue à traverser pour rejoindre la promenade bordée de platanes aménagée par le maréchal de Broglie une dizaine d’années auparavant.
Comme ses frères et sœurs, Marie Cléophée reçoit une excellente éducation morale et intellectuelle. Son père est autoritaire et fier du particularisme de la cité-État, et pourtant, malgré la forte tradition luthérienne qui rend le personnage un peu austère, ses enfants sont séduits par les idées véhiculées par les Lumières. À 10 ans, Marie Cléophée, la benjamine, se sent abandonnée par ses deux sœurs ainées qui ont presque le double de son âge, et par son frère Jean qui trouve pour ses envolées intellectuelles une oreille attentive chez son jeune frère Bernard Frédéric. Au début de l’adolescence, Marie Cléophée a encore une compréhension imparfaite de leurs conversations, mais elle éprouve de l’admiration pour les deux garçons. En mai 1770, l’adolescente participe aux festivités strasbourgeoises pour la venue de Marie Antoinette. Elle voit la jeune fille blonde aux yeux rieurs, la future reine de France, promise au Dauphin, et âgée de quinze ans seulement comme elle. À Strasbourg, l’influence des Turckheim grandit à mesure que se développe la banque du même nom. Marie Cléophée s’épanouit dans ce creuset où elle côtoie, quand ils sont de passage, son oncle Philippe-Jacques ministre de Louis XV, les His[2], les Gerando, les Dietrich[3], pour ne citer qu’eux.
LES DÉBUTS À STRASBOURG D’UNE MONDAINE
À dix-neuf ans, Marie Cléophée épouse Philippe Jacques Franck. Son père est un riche banquier, élu Ammeistre[4] de Strasbourg pour la troisième fois l’année précédente.
Le jeune couple habite l’hôtel particulier du 7 quai Saint-Nicolas avec ses beaux-parents Franck. Neuf mois plus tard, Marie Cléophée met au monde une fille, Élisabeth Caroline (le 26 mars 1775).
La jeune maman se passionne pour le siècle des Lumières qui croit en l’homme. Elle partage ses idées avec son mari, et ses frères Jean et Bernard Frédéric. En 1777, elle accouche d’une deuxième fille, Frédérique Wilhelmine. Son frère Bernard Frédéric se marie l’année suivante avec Lili Schoenemann, la fille d’un banquier de Francfort, et l’éphémère fiancée de l’étoile montante de la littérature allemande, le poète Goethe. Après le décès de Philippe Jacques père en 1780, quelques semaines seulement après avoir été anobli, le mari de Marie Cléophée prend les rênes de la banque. C’est maintenant madame de Franck qui reçoit, comme autrefois ses beaux-parents, des visiteurs de marque, notamment des princes allemands du Saint-Empire se rendant en France.
La baronne a maintenant 25 ans, et tout semble réussir aux siens. Son père Jean de Turckheim est également fait baron le 8 mars 1782 par l’empereur Joseph II, frère de la reine Marie-Antoinette, et cinq ans plus tard, il siègera à l’assemblée provinciale. Son frère Jean est Ammeister de Strasbourg en 1784. Si son frère Bernard Frédéric devait prendre la succession de son père à la tête de la banque Turckheim, son frère Jean se destine plutôt aux Affaires étrangères. Amateur des belles-lettres et de philosophie, il crée en 1776 avec son frère Bernard Frédéric la Société des philanthropes de Strasbourg. Sa sœur puînée Marie Madeleine est mariée au baron de Balthasar, un officier au service de France qui terminera général mais n’inscrira aucune page glorieuse à l’histoire de France, la tradition familiale voulant qu’il mourût en tombant de sa chaise ! Sa sœur ainée, Marguerite Salomé a épousé Jean Jacques Spielmann, un professeur de médecine ; son père est un éminent professeur de médecine, de pharmacie et de botanique, à l’université de Strasbourg et membre de la prestigieuse académie des Sciences Leopoldina. Toutes ces personnalités influencent fortement la jeune femme. Le milieu dans lequel évolue Marie-Cléophée bouillonne d’idées nouvelles. Ses frères et son mari s’impliquent dans la franc-maçonnerie ; Philippe Jacques en devient Grand chancelier. Marie Cléophée fait partie de celles qui revendiquent l’égalité entre les sexes.
UNE BANQUIÈRE DANS LA TOURMENTE DE LA RÉVOLUTION
En février 1789, son frère Jean est élu député de la ville de Strasbourg aux États généraux. Les nouvelles de Paris que Marie Cléophée reçoit de lui sont alarmantes. En effet, ses propositions pour préserver le particularisme de la cité-État ne rencontrent qu’hostilité de l’assemblée majoritairement égalitaire. Lorsque la Bastille tombe aux mains des révolutionnaires, la population de Strasbourg se soulève. Marie Cléophée, avec son mari tombé malade et ses deux filles, rejoint le château de Leinstetten dans la Forêt noire, un domaine acheté quatre années auparavant. L’horizon s’assombrit un peu plus le 12 octobre 1789 lorsqu’à quarante-et-un ans son mari le baron de Franck meurt. Il laisse une veuve et deux filles âgées seulement de douze et quatorze ans. Deux jours après les funérailles Marie Cléophée et ses filles retournent à Strasbourg. À l’étonnement général, la veuve prend la direction de la banque. Pouvait-elle faire autrement ? Marie Cléophée tient tête aux sans-culottes. Terminé les costumes brodés de fils d’or et les soieries. La sobriété est maintenant de rigueur. Il n’est plus question de se faire remarquer avec de belles toilettes. La jeune veuve mène avec succès les affaires. Sa compétence est rapidement reconnue pour gérer une des plus grosses fortunes d’Alsace et la plus importante banque de Strasbourg. Avec la pratique des affaires, son caractère s’affirme un peu plus. Elle possède une énergie rare, une haute valeur morale et des capacités intellectuelles remarquables qui lui permettent de surmonter les difficultés. Son frère Jean, rentré de Paris, craint pour sa vie, et se réfugie sur ses terres d’Altdorf sur la rive droite du Rhin. Un calme relatif s’installe à Strasbourg, l’ambiance reste lourde, les habitants se méfient. Son frère, Bernard Frédéric, devient maire de Strasbourg, mais est destitué quelques semaines plus tard ; il fuit la folie révolutionnaire et s’exile non loin de Nuremberg craignant pour sa sécurité, car bientôt le sanguinaire Euloge Schneider terrorisera la ville. La banquière est tenace et résiste aux soubresauts familiaux et politiques. Le 8 juin 1793, son père décède. Quatre mois plus tard, elle a la douleur de perdre sa mère. Presque au même moment, à Paris, Robespierre envoie à la guillotine Philippe-Frédéric de Dietrich[5], un cousin et ami de la famille. La première année de la Terreur s’avère terrible, Marie Cléophée pleure ses morts mais continue de faire preuve de courage. Avec ses proches décédés ou exilés, elle se sent bien seule avec ses deux filles. Le trio de femmes se soude un peu plus, se soutient, se fait discret car le danger guette encore pendant quelques mois.
Avec l’installation du Directoire, l’optimisme revient progressivement et son existence reprend un cours plus paisible, mais les temps restent encore incertains. Peu à peu, les affaires reprennent. Au salon de madame de Franck, on parle des évènements, on spécule sur les nominations, on échafaude aussi des projets matrimoniaux, et cela fonctionne plutôt bien, car ses filles tombent bientôt amoureuses. Élisabeth Caroline se fiance à Gaétan Mathieu de Faviers, son ainé de quatorze ans. Cet ancien élève de l’école des mines de Paris est le fils d’un ancien premier magistrat de la ville de Strasbourg. Les familles du patriciat strasbourgeois se connaissent très bien, elles se partagent le pouvoir depuis fort longtemps. De plus, cet ancien de la garde nationale, commissaire des guerres depuis 1791, a fait toutes les guerres révolutionnaires ; il est promis à une belle carrière d’administrateur militaire. Un moyen aussi pour Marie Cléophée en rentrant petit à petit dans le cercle des plus hauts gradés de s’assurer sinon la protection des militaires au moins leur bienveillance au cas où…
En juin 1795, son frère Bernard Frédéric rentre d’exil avec sa femme Lili et ses cinq enfants, et remet la banque Turckheim sur pied.
Sa fille cadette Frédéric Wilhelmine se fiance à Athanase Paul Renouard de Bussierre. Ce fils d’un aristocrate, maître des eaux et forêts, receveur général des sels, et conseiller du feu roi Louis XVI, deviendra associé dans les affaires de sa belle-famille.
Les mariages sont célébrés quelques mois plus tard, le 2 juin 1798, et Marie Cléophée rayonne de joie. Elle est satisfaite du choix fait par ses filles, et plus optimiste que jamais quant à la marche des affaires et le rayonnement, certes local, de son salon.
Strasbourg étant un point de passage des armées partant vers l’Est, de nombreux militaires se pressent chez Marie Cléophée avant de traverser le Rhin, avec parmi eux, les généraux Kellermann, Moreau, Desaix, Savary — futur duc de Rovigo — et Bernadotte — futur roi de Suède et de Norvège.
Son gendre est promu commissaire général aux Armées d’Helvétie et du Danube, l’année suivante. Avec cette promotion, le salon de Marie Cléophée, plus que jamais, était un lieu à fréquenter par les généraux.
Sa première petite-fille Caroline Eugénie Mathieu de Faviers nait en 1799 alors que Bonaparte renverse le Directoire.
LE SALON STRASBOURGEOIS DES TROIS GRÂCES
L’espoir grandit encore avec l’instauration du Consulat, et le grandiose Bonaparte se trouve au centre de toutes les conversations. Il est l’homme providentiel avec qui la France bouleversée, déchirée, redevient puissante. Les assignats sans valeur sont remplacés par une monnaie solide. Marie Cléophée, secondée par son gendre Athanase, profite de cette magnifique embellie économique. La banque Franck prospère. Puis, avec l’arrivée de l’Empire, une grande ferveur s’installe chez les Turckheim et les Franck. Dans son hôtel particulier du quai Saint-Nicolas, Marie Cléophée mène une vie sociale brillante, et toujours d’une très bonne compagnie et d’une grande intelligence du monde, elle séduit ses visiteurs sélectionnés avec soin. Il s’y développe un art de la conversation polie, et en fonction des visiteurs, on parle depuis toujours indifféremment l’allemand et le français. Elle reçoit d’illustres visiteurs, qui « trouvaient dans le salon de madame Franck le quartier général de la société indigène et mobile. Des savants, des hommes de lettres, et artistes sollicitaient l’honneur d’être admis dans une si attrayante compagnie ». Édouard Sitzmann dans son recueil écrit encore : « Ce que les malheurs publics avaient retranché de ce luxe bien connu de sa maison, admiré jadis par d’illustres hôtes, le duc de Cumberland, les princes de Bavière et de Hesse et autres personnages, madame Franck et ses deux filles, toutes les trois remarquables par leur beauté, y suppléaient par les grâces d’une hospitalité ingénieuse et délicatement libérale ».
Ainsi, les filles de Marie-Cléophée qui ont la réputation d’être belles et d’avoir de l’esprit renforcent la notoriété du salon. Marie Cléophée entretient une correspondance avec les milieux éclairés et libéraux de l’époque. Le réseautage du 7 quai Saint-Nicolas fonctionne à merveille. Sa fille Frédérique Wilhelmine est surnommée « la Récamier[6] de Strasbourg ».
UN NOUVEAU SOUFFLE SOUS L’EMPIRE
Au printemps 1805, Napoléon est de passage à Strasbourg. Marie Cléophée rencontre-t-elle l’empereur ? C’est bien possible, car son frère Bernard Frédéric avance à l’Empereur les fonds nécessaires au paiement de la solde de l’armée en partance pour la victorieuse bataille d’Austerlitz. Plus tard, il devient ministre des Finances du Grand-duché de Bade avec la bénédiction de Napoléon.
Marie Cléophée éprouve de l’admiration pour ce Bonaparte devenu empereur, et les faits lui donnent raison. La famille unanimement soutient Napoléon, le vainqueur de grandes batailles. Son gendre Gaétan Mathieu de Faviers connait une promotion fulgurante. Dès 1800, il est commissaire général à l’armée du Rhin, assiste avec Moreau à la bataille de Hohenlinden, puis promu inspecteur général aux revues, le plus haut grade. Son neveu Guillaume, fils de Bernard Frédéric, officier de hussards, participe aux campagnes de Prusse, puis d’Espagne.
Arrive la campagne de Russie, son neveu Guillaume est aide de camp du général Rapp. Pour la première fois, on s’interroge sur le bien-fondé de cette nouvelle guerre. La famille est affectée, car Guillaume est fait prisonnier à Dantzig et passe plusieurs mois en captivité à Kiev, mais il est vivant.
Son neveu Henri prend rang d’officier en 1813 chez les Gardes d’honneur de l’empereur.
APRÈS WATERLOO, L’ESPRIT DE NAPOLÉON DEMEURE
Marie Cléophée reçoit avec une émotion pénible les nouvelles de la défaite de Waterloo, ses deux neveux et bien d’autres membres de son cercle d’amis ayant rejoint Napoléon dès son retour de l’ile d’Elbe. Pour autant, l’esprit de Napoléon n’allait pas encore quitter la famille. Elle reçoit des nouvelles du congrès de Vienne en 1815, où son frère Jean, devenu ministre d’État et envoyé extraordinaire du grand-duc de Hesse, participe à la construction d’une nouvelle Europe. La garnison de Strasbourg reste fidèle à l’Empereur ; la ville subit un siège de presque trois mois. L’Alsace, puis la France, sont inondées de troupes étrangères par centaines de milliers de soldats qui vont occuper pendant plusieurs années les deux tiers du pays. Ils pillent dans le but de ruiner à long terme le pays, et vivent sur le dos de l’habitant. Face à un nouveau marasme économique, Marie Cléophée s’inquiète pour la maison de banque désormais dirigée par son gendre Athanase.
En mars 1817, sa petite-fille Caroline Eugénie Mathieu de Favier, née en 1799, épouse le baron Pierre Paul Deniée, qui cinq années auparavant fut appelé à l’état-major de la grande armée[7], et deviendra bientôt intendant général des armées du roi.
Au crépuscule de sa vie, Marie Cléophée voit encore son petit-fils Alfred Renouard de Bussierre se fiancer avec Louise Mélanie. Sa promise est la fille du Bayard alsacien, le général de Coëhorn, décédé en captivité après qu’un boulet russe lui arracha la cuisse, douze ans auparavant, lors de la retraite de Leipzig.
Marie Cléophée s’éteint en 1825, à l’âge de soixante-dix ans à son domicile strasbourgeois. Elle est inhumée au carré Pourtalès du cimetière de la Robertsau, tout près de son arrière-petite-fille Mélanie de Pourtalès.
POSTÉRITÉ, D’UN EMPEREUR À UN AUTRE
Avec la disparition de Marie Cléophée, la fascination familiale pour l’empereur se perpétua pour quelque temps et les unions se firent encore à l’ombre de l’aigle impérial. C’est son petit-fils Félix Mathieu de Faviers qui ouvrit le bal en 1835. Il se maria avec Blanche Lambert, la fille d’un baron de l’Empire, attaché durant les Cent-Jours au grand quartier général de Napoléon Ier.
Un demi-siècle après Waterloo, quand la légende napoléonienne fut forgée, son arrière-petite-fille Caroline Françoise Mathieu de Favier épousa Henry, un fils du maréchal Oudinot, un fidèle de Napoléon connu pour avoir été blessé 34 fois au combat.
Et mieux encore, son arrière-petite-fille Isabelle Cécile Renouard de Bussierre convola en justes noces avec Otto von Gustedt, un des petits-fils de l’éphémère roi de Westphalie Jérôme Bonaparte, le volage et frivole frère de Napoléon Ier.
Avec l’avènement du Second Empire, la descendance napoléoniste, devint bonapartiste et impérialiste
Ainsi Françoise Levisse de Montigny de Jaucourt, une autre arrière-petite-fille de Marie Cléophée épousa le duc de Courlande. Leur fils Charles de Courlande s’unira à la princesse Herzeleide de Prusse, dont le grand-père n’était autre que le kaiser Guillaume II.
Une descendante des plus célèbres, Mélanie Renouard de Bussierre, devint une des « Reines de Paris » sous le Second Empire. À la cour de l’empereur Napoléon III, la belle Mélanie, dame de compagnie de l’impératrice Eugénie, influença la mode. Elle fit de belles épousailles avec le comte Edmond de Pourtalès. Dans son château de la Robertsau, elle tint salon, comme Marie Cléophée jadis, et recevait l’élite intellectuelle de son temps et les têtes couronnées, dont Napoléon III et Guillaume II. Mélanie tenta en vain de réconcilier la France et l’Allemagne avant la guerre de 1870, et tissa des liens des deux côtés du Rhin qui se renforcèrent avec le temps. Le banquier de la famille royale de Prusse puis impériale, Arthur de Schikeler, donnera la main de sa fille à Hubert, le fils de Mélanie. Leur fille Élisabeth convolera avec le général Christian de Berckheim, un neveu du général Frédéric Sigismond de Berckheim qui fut de toutes les batailles napoléoniennes jusqu’à la défaite de 1815. Agnès, une autre fille, sera la mère d’Edmée qui unira sa destinée avec le diplomate austro-hongrois Alexander comte de Hoyos qui jouera un rôle majeur pendant la crise de juillet 1914. Il sera envoyé par l’Empereur François-Joseph Ier à Berlin pour s’assurer le soutien allemand à la politique de son pays contre la Serbie.
Sa fille Mélanie de Hoyos deviendra la femme du comte Gottfried von Bismarck, un homme politique allemand qui participera à la résistance au nazisme ; il était un petit-fils du chancelier Otto von Bismarck.
Et la banque sauvée par Marie-Cléophée de la férocité et du cataclysme de la Révolution qu’est-elle devenue ? Après son gendre Athanase, c’est son petit-fils Alfred Renouard de Bussierre — le père de Mélanie de Pourtalès — qui veillera aux destinées de l’établissement bancaire. Le financier deviendra également un capitaine d’industrie. Il prendra la présidence d’une industrie textile, et participera — avec notamment ses cousins Frédéric et Charles de Turckheim — au rachat des usines de construction mécaniques de Graffenstaden. Plus tard, celles-ci fusionneront avec la société André Koechlin & Cie pour former la SACM, le fleuron alsacien de réputation mondiale qui deviendra quelques décennies plus tard Alsthom. Alfred assurera la présidence de la SACM jusqu’à son décès en 1887.
À une époque où les femmes devaient se contenter d’une activité domestique, Marie Cléophée, comme d’autres femmes en avance sur leur temps, cassa les codes de la société. Pour poursuivre ce travail, et faire sortir de l’ombre une femme entrepreneuse du début du XIXe siècle, je suis à la recherche d’échanges épistolaires de Marie Cléophée.
[1] L’actuel hôtel de ville.
[2] Les His sont des négociants et assureurs maritimes à Hambourg, et font étape chez les Turckheim quand ils se rendent à Bâle.
[3] Les familles Dietrich et Turckheim développent des liens d’amitié depuis les années 1560.
[4] Strasbourg est alors une cité-État du Saint-Empire romain germanique. L’Ammeistre est considéré comme « chef d’État » de la cité.
[5] Philippe Frédéric de Dietrich (1748-1793) était un savant, homme politique et franc-maçon alsacien. La Marseillaise fut chantée pour la première fois à son domicile de Strasbourg par Rouget de Lisle.
[6] Madame Récamier tenait salon, elle aussi. La beauté et le charme firent d’elle une des « Trois grâces » du Directoire avec Joséphine de Beauharnais et madame Tallien.
[7] Pierre Paul (1781 – 1848) prit note jour après jour des évènements de la campagne de 1812 ; il a plusieurs précis historiques à son actif. Son père Antoine (1754 – 1828) est fait baron de l’Empire par Napoléon en 1812 et sera intendant général des armées du roi à partir de 1816.

